Le soleil illumine l’intérieur du refuge.
Il est juste 7h.
Je sors de mon sac de couchage rapidement
imité par Marcel. Celui-ci passe le nez dehors et nous confirme en
chantant à tue-tête: « It’s a beautifull day! » Je lance : « This guy is
crazy! » ce qui déclenche l’hilarité des trois autres.
Le petit déjeuner avalé nous partons chacun
à notre tour. Marcel sera le dernier.
Dans la montée vers le col de Vallibierna
(2732m) je dépasse le randonneur qui dormait à l’extérieur. Je me rends compte
qu’il parle français. Il s’appelle Thibault et vient de Nantes. Il m’explique
qu’il est sur la HRP et qu’il va vers Vielha pour récupérer le ravitaillement
qu’il s’est envoyé en poste restante. On
est samedi, il va devoir attendre jusqu’à lundi l’ouverture du bureau. Je lui
dis que dans la vallée il n’y a que deux bus par jour et que le dernier passe
vers 17h. Je lui propose de le déposer en voiture si nous nous croisons en bas.
En attendant, je me sens en forme donc je prends de l’avance.
Le temps est limpide dans la vallée de
Vallibierna. Sur ma gauche, j’aperçois enfin l’Aneto (3404m), le sommet des
Pyrenées. Il ne semble pas que le versant sud comporte encore des glaciers. Par
contre, il y a beaucoup de névés. Il a l’air si proche et facile d’accès. Je ne
vois pas le fameux pas de Mahomet, l’arrête étroite qui permet d’accéder au
sommet. Elle doit se trouver du côté nord.
Au lac supérieur de Vallibierna je fais une
pose avec Thibault. Tout en se roulant une cigarette, Il me raconte ses 22 premiers
jours de marche. Il vient juste de passer la moitié. Il terminera un peu avant
la mi-septembre.
Nous entamons les 300 derniers mètres
d’ascension au milieu d’un dédale de rochers de grosse taille. C’est assez chaotique
et physique, d’autant que certains passages nécessitent un peu d’escalade.
Finalement, nous débouchons au col. La vue vers l’est du parc Posets-Maladetta
est prodigieuse. Au sud, une mer de nuage masque les paysages espagnols. Face à
nous s’étend l’estany Cap de Llauset.
Je me lance dans la descente, contourne le
lac et remonte vers le collada de los Ibones, 250 mètres plus haut. A nouveau,
la vue est époustouflante. A mes pieds se déroule un chapelet de lacs dans la
vallée d’Anglios. Au loin, j’aperçois la cabane du même nom entre les deux derniers
lacs.
Dans la descente, j’entends des voix
provenant de la falaise sur ma droite. Je ne vois personne mais j’imagine qu’il
s’agit de grimpeurs dans la paroi.
A la cabane je m’arrête pour déjeuner.
Marcel me rejoint. Nous discutons un peu. Thibault nous dépasse. Il a un rythme
particulier. Il s’arrête toutes les deux heures. Manifestement, les deux heures
ne sont pas encore atteintes.
Cette cabane est toute en bois. Elle est
très confortable et en bon état. Ce doit être un endroit magique durant l’hiver.
Marcel commence la dernière descente. Je le
suis peu après. Le chemin est franchement inconfortable. Je maudis le gars qui
l’a tracé sans tenir compte des accidents de terrain ou de la végétation. A
croire que cela a été fait à la machette! Je croise quelques courageux dont des
enfants qui le font dans le sens de la montée. Je les admire.
Finalement, je débouche sur la route face
au lac de Baserca. J’appelle Eric qui vient me chercher avec la voiture. Il est
sur place depuis hier soir. Il a pris un taxi depuis Benasque et a
passé la nuit dans le refuge de Conangles.
Nous allons jusqu’à la cache ou j’ai laissé
mon ravitaillement il y a trois ans. Il nous faut quelques minutes pour
retrouver l’arbre au pied duquel j’ai enterré le sac. Finalement nous retrouvons
juste quelques lambeaux de plastique et la cartouche de gaz vide. Tout a été
éventré. Manifestement, il n’est pas passé inaperçu. Pourtant, tout était sous
des cailloux qui sont toujours en place. J’imagine que ce sont des rongeurs qui
s’en sont donné à cœur joie. Nous ramassons tous les débris que nous trouvons
et repartons. En chemin, nous croisons Thibault que nous embarquons. Il nous
offre une bière à Vielha. Nous le déposons à un camping puis retournons vers la
vallée du Rioumajou récupérer le second véhicule.